
L’eau dans le gaz des relations du couple dirigeant du Sénégal à l’épreuve du pouvoir.
Confrontés à la réalité de la gestion du pouvoir, le tandem Faye-Sonko à la tête du Sénégal s’effrite en longueur des tensions. La dernière friction en date du 2 mars dernier est la menace du Premier ministre Ousmane Sonko de retirer son parti du gouvernement et de retourner dans l’opposition si le président Bassirou Diomaye Faye de la vision stratégique souverainiste. Des rumeurs font état d’une lutte de pouvoir entre le jeune président Faye et alter ego Ousmane Sonko.
La déclaration surprenante du Premier ministre sénégalais intervient dans un contexte politique de vives tensions autour de problèmes sociaux et économiques comme les violences survenues dans les universités et surtout les âpres négociations avec le Fonds monétaire international.
Après la découverte par le gouvernement de Sonko des dettes non déclarées, estimées à 11 milliards de dollars US, le Fmi a procédé au gel d’un programme de 1,8 milliard de dollars en 2024. Les négociations pour le dégel de ce fonds se heurte à des velléités du premier ministre Sonko quant au remboursement de la dette publique du Sénégal.
Des déclarations du premier ministre rendent la situation du Sénégal incommode sur le marché, réduisant la confiance des créanciers en ce qui concerne la dette sénégalaise. Ousmane Sonko défie le Fmi et réclame un moratoire de 30 pour l’Afrique avant de commencer à rembourser la dette. Conséquence, aujourd’hui, le Sénégal prête à un taux de rémunération supérieur par exemple à celui du Burkina Faso, pays pourtant menacé de dislocation par le péril jihadiste.
Les divergences dans le couple dirigeant tournent autour de la ligne souverainiste adoptée fermement par Ousmane Sonko. Faye a ensuite nommé Sonko au poste de Premier ministre. Ce dernier rejette toute restructuration de la dette que propose le FMI.
Comment le Pastef voit le conflit
Très offensif et dans une volonté d’aller au clash, le premier ministre Sonko a déclaré lors d’une émission que le « débat » serait sans objet « si le président s’alignait sur son parti », d’après des propos rapportés par l’agence Reuters.
«Si le président n’est pas aligné avec son parti, même si nous gouvernons tous ensemble, nous sommes dans ce que j’appelle une situation de « partage du pouvoir en douceur », a-t-il déclaré. « Nous gérerions nos différences en conséquence et nous chercherions également un terrain d’entente pour avancer ensemble. »
Mais s’il y a une rupture plus nette, a-t-il déclaré, soit ils auront une « cohabitation plus difficile », soit le parti Pastef, dirigé par Sonko et majoritaire au parlement, redeviendra un parti d’opposition.
« Pastef n’a aucun problème avec l’une ou l’autre de ces options », a-t-il déclaré.
La crise est-elle surfaite. Il faut noter que le premier ministre se voit à la place du Président Diomaye Faye, président par défaut quand la candidature de Sonko a été rejetée pour des raisons politico-judiciaires.
Elu haut la main, ce dernier a nommé Ousmane Sonko au premier ministre. Fort de 130 sièges sur 165 au parlement, le Premier ministre, principal dirigeant du Pastef, pense l’emporter sur le président Faye lors de la prochaine présidentielle en 2029.
Les tensions entre le président Faye et son premier ministre ne sont pas nouvelles dans l’histoire du Sénégal. Dans les années 1960, une telle rivalité entre le Président Léopold Sedar Senghor et son premier ministre Mamadou Dia a conduit à la paralysie du pouvoir et à l’éviction par la force du second.



