EconomiePolitiqueSociété
A la Une

Commune du Golfe 7 / Grande opération de démolition à Akato-Viépé

L’autorité de la mairie du Golfe 7 à nouveau mise à l’épreuve

La localité d’Akato-Viépé dans la commune du Golfe 7 a été secouée ce jeudi 05 mars 2026 par une opération de démolition. Des éléments de la Gendarmerie appuyés par des « gros bras » armés de gourdins, ont fait irruption au lieu-dit carrefour Akato-Catholique pour une opération qui n’a pas été autorisée par la mairie. Une violation des dispositions de la loi sur la décentralisation et les libertés locales, qui met la mairie à l’épreuve.

7 heures 30 minutes à Akato-Viépé dans la commune du Golfe 7, au lieu-dit Carrefour Akato-Catholique, en face du Lycée d’Akato-Viépé. La gendarmerie débarque ce jeudi 05 mars 2026. Un camion et un pick-up remplis d’agents des forces de l’ordre ont été mobilisés pour cette opération peu ordinaire. Quelques minutes ont suffi pour ameuter la population et les passants. A première vue, on aurait cru à une opération de déguerpissement s’inscrivant dans le processus de récupération des domaines de l’État.

Non, il n’en est rien. L’opération qui s’est déroulée avec l’appui des « gros bras » armés de gourdins, est l’aboutissement d’un litige foncier datant de plusieurs années. Selon les informations glanées sur le terrain, la parcelle querellée aurait appartenu à une dame. De son vivant, le conflit aurait abouti à une confirmation de ses droits de propriété. Mais son décès aurait servi d’occasion pour relancer le litige foncier qui se serait soldé par un renversement de la situation.

Sur place, plusieurs commerces et ateliers ont été contraints d’évacuer d’urgence. Un atelier de menuiserie aluminium, une boutique de vente de gaz butane, une laverie-pressing, une poissonnerie, une boutique de vente d’articles divers, une quincaillerie, des cabines de ventes de fruits et légumes et charbon de bois, un atelier de soudure et autres. Une vingtaine d’occupants qui animent la vie économique à ce carrefour stratégique d’Akato-Viépé disent adieu à leurs activités.

Sur les visages, des larmes qui coulent devant le déchaînement de l’engin de démolition mobilisé pour le déguerpissement. Mais aussi la colère des victimes. Victimes pour avoir perdu leur sources de revenus, victimes pour avoir été surpris par l’opération de démolition. « Nous avons été informés que les lieux que nous occupons ont fait l’objet d’un litige et que la justice aurait tranché », confie, tout furieux, un vendeur.

Sa colère paraît d’autant plus légitime que quelques jours avant cette opération musclée, une délégation dont il fait partie aurait été reçue par l’huissier chargé d’exécuter la décision de la justice. « Nous sommes allés le voir dans son bureau pour comprendre le dossier et savoir les dispositions à prendre pour éviter la situation que nous vivons aujourd’hui. Il nous a rassurés qu’il va nous tenir informés, et a pris nos numéros de téléphone », relate-t-il.

Malheureusement, ils ne seront jamais informés de l’imminence de l’opération de démolition. « Ce mercredi, nous avons tenté de joindre l’huissier, en vain. Toute la journée, il n’a pas répondu à nos coups de fil », déplore-t-il.

Après plus d’une heure de démolition, il ne restent sur place que des débris. « Certains ont pu ramasser leurs affaires, mais d’autres ont tout perdu. Des kiosques entiers ont été démolis », s’indigne une autre victime. Cette dernière déclare avoir déboursé 200.000 FCFA pour aménager l’emplacement qu’il vient de perdre dans cette opération qui a surpris plus d’un.

L’autorité de la mairie du Golfe 7 à nouveau mise à l’épreuve

Une opération de démolition illégale. Sur place, nous avons croisé une délégation de la mairie, venue constater les dégâts. « La mairie a été alertée par la population, elle n’était pas informée de la tenue de cette opération. Elle n’a pas donné son accord », soutient notre source.

Mme Dangbuie Pascaline, Maire de la commune du Golfe 7 (Aflao Sagbado)

Cette opération de démolition est donc effectuée en toute illégalité. Et pour cause, selon la loi relative à la décentralisation et aux libertés locales, la délivrance des permis de démolir fait partie des compétences propres aux communes. Article 82. Même en cas de délivrance d’une ordonnance par la justice, la mairie doit approuver l’opération.

Cette violation des dispositions encadrant la construction ou la démolition des immeubles rappelle un autre drame enregistré il y a quelques mois dans la commune du Golfe 7. A l’époque, la tragédie a fait coulé beaucoup d’encre, tant au Togo qu’à travers le monde, les réseaux sociaux aidant. Le 18 octobre 2024, à l’aube, un immeuble R+5 en construction au carrefour Sanol Sagbado s’est effondré, causant des pertes en vies humaines et d’importants dégâts matériels.

Selon les informations, la mairie du Golfe 7 avait fait arrêter les travaux pour défaut de permis de construire. Malheureusement, les travaux ont repris, l’interdiction de la mairie ayant été contournée par les promoteurs du projet.

Dans le communiqué du gouvernement, les ministres en charge de la décentralisation, la sécurité et l’urbanisme avaient insisté sur le « respect scrupuleux de la réglementation » en matière de construction, notamment l’obligation de l’obtention du permis de construire avant le démarrage des travaux. L’obligation de permis de démolir est tout aussi impérative.

Après l’opération de démolition illégale de ce jeudi, il est pertinent de se demander si la mairie du Golfe 7 aura les coudées franches pour prendre les mesures qui s’imposent, afin d’éviter la répétition de telles opérations illégales.

Selon les informations, d’autres immeubles seraient malheureusement concernés par le même litige et leur démolition ne serait qu’une question d’agenda.

Octave Logo

Articles similaires

Bouton retour en haut de la page