
Plus de 350 militaires russes de l’Africa Corps et des éléments des forces turques, en partie de la société militaire privée SADAT, seraient présentes dans le nord du pays depuis plusieurs mois, dénonce l’opposition dans un communiqué. L’opposition veut savoir les conditions de l’assistance militaire russe et turque.
Les faits
Dans un communiqué en date du 20 juillet 2026, les organisations politiques suivantes, la DMK ORIGINALE, la DMP, la LDP et le front « Touche Pas A Ma Constitution », interpellent le gouvernement sur la présence de forces étrangères sur le sol togolais, plus précisément dans la région des Savanes. Ces forces participeraient aux cotés du contingent de plus de 8.000 soldats togolais à la lutte contre les incursions des groupes djihadistes dans le nord du pays.
Selon les partis, plus de 350 éléments de l’Africa Corps, l’organisation militaire du ministère de la Défense russe qui a remplacé le groupe militaire privé Wagner. Un accord secret de partenariat entre la Russie et le Togo aurait débouché à cette assistance militaire.
En 2025, le gouvernement togolais, lors de la visite de Faure Gnassigbe au Kremlin, a signé un accord de coopération militaire avec la Russie, permettant à Moscou de faire venir des instructeurs, des navires et des aéronefs militaires.
Puis en mars 2026, c’est le ministre russe de la Défense, Andreï Belooussov, qui effectue une visite de travail au Togo. Quelques mois plus tard, un navire militaire russe accoste au port de Lomé avec des équipements militaires.
En sus des Russes, on signale également une présence des Turcs. Depuis 2021, avec les premières incursions djihadistes, le Togo et la Turquie signent un accord de coopération de défense et de sécurité lors de la visite à Lomé du président turc Recep Tayyip Erdoğan. Dans ce cadre, les Forces Armées Togolaises (FAT) ont acquis des drones de combat Bayraktar TB2. Cette assistance militaire turque, apparemment technique, est renforcée deux ans plus tard avec le déplacement de Faure Gnassingbé en Turquie.
Forcées intégrées ou opérant sans commandement togolais ?
Ces interventions de troupes étrangères se déroulent dans un black-out total. Aucune annonce publique des autorités togolaises, aucun débat au parlement national quant à leur présence sur le sol togolais.
“Depuis le déclenchement de la crise sécuritaire en 2021, la seule information passée à l’Assemblée nationale est le vote, régulièrement renouvelé, sur l’instauration de l’état d’urgence”, dénonce l’opposition.
L’opposition s’inquiète surtout du mode opératoire des forces russes et ou turques. Sont-elles intégrées dans chaîne de commandement togolais et dirigées par des officiers togolais, ou opèrent-elles librement.
“Ces paramilitaires ou militaires étrangers, sont-ils intégrés dans la chaine de commandement locale et placés au-dessus des officiers supérieurs togolais, alors que ceux-ci sont bien formés et connaissent mieux le terrain”, s’interroge les signataires.
Une situation d’opacité qui suscite des inquiétudes au sein de l’opposition à propos des violations massives des droits de l’homme à l’actif des paramilitaires d’Africa Corps au Mali.
Idem, pour les drones turcs. Une frappe aérienne accidentelle de l’armée a tué des civils, principalement des adolescents, dans le village de Margba (préfecture de Tone, région des Savanes) le 9 juillet 2022. L’appareil, en patrouille de nuit, a confondu le groupe avec une colonne de djihadistes. Le gouvernement avait reconnu et regretté cette bavure, ouvrant une enquête.
Pourquoi l’opposition a raison de s’inquiéter
Les événements se déroulent dans un contexte politique particulier, celui d’un régime militaro-civil au pouvoir depuis 2005 qui entend perpétuer ad vitam aeternam son règne. Au pouvoir depuis 21 ans, Faure Gnassingbe se maintient par la rue et la force, avec des tours de passe juridique.
Le dernier tour de force majeure la modification de la Constitution, en 2025, jugée par la Haute Cour de Justice de la CEDEAO comme un coup d’État constitutionnel. Une nouvelle république dite parlementaire lui assure un pouvoir à vie en étant désigné comme Président du Conseil par une majorité parlementaire monocolore et mécanique.
Malgré une forte impopularité et une contestation par les oppositions, le pouvoir s’oppose à toute réforme. L’arrivée de forces étrangères intégrées au commandement des armées nationales pourrait constituer un garde-fou contre un éventuel changement politique, et renforcer ainsi un pouvoir militaro-civil et clanique.
L’anxiété de l’opposition se renforce par les exemples de l’AES (Alliance des Etats du Sahel) et de la RCA qui ont tous fait appel à des forces russes pour combattre le djihadisme voire une rébellion armée interne.
Dans les deux cas, les paramilitaires russes assurent la sécurité présidentielle. Ainsi il est courant de voir dans la garde rapprochée des chefs d’Etats du Burkina et du Mali voire de la RCA, des paramilitaires militaires russes.
Autre inquiétude de l’opposition togolaise, l’opacité autour des contrats de l’assistance militaire. Alors que le pays est fortement endetté, soit 4 288 milliards de FCFA et 65% du PIB, et recourt chaque mois à des prêts sur le marché régional pour faire face aux dépenses courantes, l’explosion des dépenses militaires pourraient obérer un budget déjà en souffrance.
La loi de programmation militaire (LPM) du Togo adoptée en décembre 2020 pour la période 2021-2025 est évaluée à plus de 700 milliards de FCFA. Ce qui est déjà énorme pour un pays aux effectifs martiaux pléthoriques.
Dans les Etats faillis de l’AES, à l’absence de ressources financières, les pouvoirs locaux ont attribué aux forces russes des gisements miniers. Le Togo recourra-t-il à cette méthode de paiement par donation des ressources naturelles?
A l’heure où le Togolais lambda tire le diable par la queue et Dieu par la langue, l’opinion exige de savoir.



