
Dans un communiqué, le gouvernement du Faso annonce avoir pris la décision de rompre ses relations diplomatiques avec la France. Le Burkina Faso accuse la France “d’activisme incessant contre [leurs] intérêts”, “des ambitions néocoloniales affichées avec le soutien des réseaux subversifs et aux terroristes” qui endeuillent le Sahel, et d’une “perfidie du discours” voulant faire du Burkina “le paria de la communauté internationale”.
Malgré son ton vindicatif, le gouvernement souligne toutefois que cette rupture ne remet “nullement en cause les liens historiques, humains, culturels, et sociaux, qui unissent les peuples burkinabé et français“.
Cette annonce de la rupture diplomatique peut être liée à la dégradation de la situation sécuritaire intérieure, dans un contexte d’une politique d’hostilité anti-impérialiste à l’égard de la France, par les trois pays de l’AES (Mali, Burkina Faso, Niger).
En proie au terrorisme islamique, la junte du capitaine Traoré mène une politique de casernement militaire, et des répressions tous azimuts des voies dissidentes. Son gouvernement vient d’écarter tout retour à un régime constitutionnel et démocratique. La démocratie étant déclarée comme un poison de l’Occident.
Paris n’a pas tardé à réagir. “La France regrette cette décision hostile et sans fondement qui illustre la dérive préoccupante des autorités burkinabè”, souligne le Quai d’Orsay. “Les mesures de réciprocité qui s’imposent sont en cours d’examen”, poursuit le communiqué.
“La France réitère sa solidarité avec la population du Burkina Faso et rappelle la densité des liens qui unissent nos deux peuples”, indique Paris.
Depuis son arrivée au pouvoir, le capitaine Traoré, pour des raisons de politique intérieure, n’a cesse de développer un discours d’hostilité à l’ancienne puissance colonisatrice.
Le pays le plus touché par le djihadisme en Afrique
Le Burkina Faso est en proie au terrorisme islamique depuis janvier 2015, soit quelques jours après l’arrivée au pouvoir du président élu Roch Marc Christian Kaboré.
L’incessante détérioration de la sécurité et les ravages du terrorisme djihadiste ont conduit à putsch militaire en janvier 2022 amenant au pouvoir le Lieutenant-colonel Paul-Henri Sandaogo Damiba. Ce dernier a été déchu par un autre putsch militaire dirigé par le capitaine Ibrahim Traoré.
Depuis son arrivée au pouvoir, ce dernier se proclamant d’un héritage sankariste mène une politiqueanti-impérialiste et déploie un narratif hostile à la France et à l’Occident. Le capitaine Traoré s’est alors étroitement rapproché de la Russie, devenue le partenaire principal dans l’assistance militaire.
Malgré le soutien militaire de la Russie, le jihadisme connaît une expansion incessante et la majeure partie du pays est désormais sous le joug des organisations terroristes telles que le Groupe de soutien à l’islam et aux musulmans (GSIM), affilié à Al-Qaïda, et l’État islamique au Grand Sahara (EIGS). Ces organisations tirent parti des fragilités d’un pays pauvre très endetté, en délitement économique et social.
Pour la deuxième année consécutive, le Burkina Faso est le pays le plus affecté par le terrorisme dans le monde, selon la plus récente publication de l’Indice mondial du terrorisme, dressé par l’Institute for Economics and Peace d’Australie.
L’Institute for Economics and Peace d’Australie dresse cette liste annuelle en fonction des incidents, morts, blessés et otages liés au terrorisme. Parmi les dix pays les plus affectés par le terrorisme sur cette liste, six sont en Afrique.
Au Burkina Faso par exemple, le nombre d’attaques a baissé de 17 % de 2023 à 2024 ; toutefois, le nombre de décès a grimpé de 68 %. La violence liée au GSIM a augmenté de 50 % au Burkina Faso en 2024, comparé à 2023, selon les analystes de l’Indice.
La rupture des relations diplomatiques avec la France n’est peut-être pas indissociable d’une dégradation aggravée de la situation sécuritaire, malgré les solutions militaires et politiques prônées par la junte burkinabé.



