Impopulaire depuis des mois suite à de nombreux scandales, le chef du gouvernement du Royaume-Uni, Keir Starmer, a de guerre rendu son tablier, après d’intenses pressions internes. Les démissions successives de figures importantes de son cabinet ainsi que l’élection récente de son rival, Andy Burnham, maire de Manchester, ont fini par rendre sa position intenable. La classe politique vit sous la menace de l’arrivée au pouvoir du parti d’extrême droite Reform-UK.
Dans une allocution devant le 10 Downing Street (siège du Gouvernement), Sir Keir Starmer a annoncé sa démission, précisant qu’il resterait en poste jusqu’à la désignation à la tête du Labour, le parti au pouvoir.
« Toutes les décisions que j’ai prises ont eu pour objectif de faire passer en premier le pays que j’aime. C’est pourquoi je vais démissionner de mon poste de chef du parti travailliste », a-t-il déclaré, la voix étranglée par les larmes.
Une décision qui intervient, de guerre lasse, après des mois d’appels à la démission et des pressions internes intenses de la part des ténors du parti. Plus de 100 députés travaillistes réclamaient son départ, soit environ un quart des députés du parti, selon l’agence Press Association.
Son successeur sera probablement Andy Burnham, qui a réussi brillamment à se faire élire maire de la grande ville Manchester. Andy Burnham, populaire maire du Grand Manchester et grand favori pour lui succéder, doit être officiellement investi député lundi vers 14 h 30 locales. Une étape indispensable pour prétendre à la direction du parti travailliste et prendre la tête du gouvernement.
« J’ai parlé à Sa Majesté le roi ce matin pour l’informer de ma décision. Je demanderai au comité exécutif national du Parti travailliste d’établir un calendrier prévoyant l’ouverture des candidatures le 9 juillet, et leur clôture avant la fin de la pause estivale », le 1er septembre, a précisé le dirigeant de 63 ans devant les caméras. « En cas d’élection interne, cela garantira qu’un nouveau chef soit en place avant la reprise des travaux du Parlement, en septembre (…) Je ferai tout ce qui est en mon pouvoir pour assurer une passation de pouvoir dans les règles. »
Crises gouvernementales répétitives depuis sept ans
Keir Starmer a été élu à l’issue des législatives de juillet 2024 après quatorze ans de gouvernements conservateurs. Le Labour a largement remporté le scrutin et ouvrait l’avenir à une domination du parti, après un aggiornamento interne qui a poussé à la porte Jeremy Corbyn, accusé d’antisémitisme.
Il a décliné un bilan élogieux de son gouvernement, l’économie, l’accès à la santé et le soutien à l’Ukraine.
« La question que mon parti se pose aujourd’hui est de savoir si je suis le mieux placé pour nous mener aux prochaines élections législatives. J’ai pris connaissance de la réponse de mon groupe parlementaire à cette question et j’accepte cette réponse », a-t-il déclaré.
Cependant les reproches à son gouvernement porte plutôt sur l’apathie de l’économie, la hausse du coût de la vie, le scandale des viols du gang des Pakistanais, et scandale Epstein dans lequel sont impliqués des conseillers politiques.
Sa démission est surtout caractéristique d’une instabilité sans précédent dans l’histoire moderne de la plus vieille démocratie parlementaire. Le chef du Labour est le septième premier ministre à démissionner en sept ans.
La situation participe du long déclin politique, économique et militaire du Royaume-Uni après la Deuxième Guerre Mondiale. Le pays autrefois première puissance mondiale ne joue plus les premiers rôles dans le concert des nations, même si la City demeure la deuxième place financière mondiale, juste derrière New York (Wall Street) et devant Hong Kong et Singapour. Sixième puissance économique, l’économie britannique fait toutefois face à plusieurs défis structurels, notamment un déficit de productivité, des contraintes liées à l’investissement et les séquelles durables du Brexit.
Depuis le Brexit le 31 juillet 2020 à la suite du référendum de juin 2016, le pays traverse une crise socio-politique et identitaire. Menacé par l’extrême droite populiste de Nigel Farage qui axe son discours politique sur l’immigration et le péril islamique, affaibli économiquement par le Brexit, le royaume connaît une instabilité chronique. Le dernier gouvernement à avoir connu une plus longue longévité est celle du premier ministre conservateur Boris Johnson.
La victoire écrasante du parti anti-immigration Reform UK de Nigel Farage aux élections locales fait craindre sur le pays l’arrivée à 10 Downing Street d’un parti d’extrême droite, poutiniste, et trumpiste. Une situation inédite dans l’histoire du pays qui constituerait un tremblement de terre dont les ondes de choc pourraient avoir des impacts sur l’Europe.
Pascal Macauley



