RDC/ Faure Gnassingbé coincé dans son manteau de médiateur ?

Plus d’une année après sa désignation comme médiateur de l’union africaine, Faure Gnassingbé poursuit toujours ses consultations. Il vient encore de s’entretenir avec le ministre congolais de l’Intégration, à Kara. Sa médiation, à l’instar des autres qu’il a initiées, peine à connaître une issue favorable, les combats étant toujours en cours dans l’Est de la RDC.
Faure Gnassingbé peut-il solutionner la crise armée dans l’Est de la République démocratique du Congo (RDC) ? C’est l’éternelle question qui se pose. Et pour cause, l’homme désigné médiateur dans cette crise qui oppose la RDC au M23 soutenu par le Rwanda, peine à trouver les voies et moyens pour mettre un terme au conflit armé.
Malgré son incapacité à clore le dossier de la guerre dans l’Est de la RDC, Faure Gnassingbé continue de s’afficher en médiateur. La dernière illustration a été faite dans la ville de Kara. Présent dans sa localité d’origine pour la fête traditionnelle des Evala, le président de la République devenu président du Conseil a reçu en audience le ministre congolais de l’intégration régionale, Floribert Anzuluni.
La délégation congolaise a échangé avec le Président du Conseil sur les « perspectives de consolidation de la coopération entre Kinshasa et Lomé », les « défis sécuritaires auxquels est confronté l’Est de la RDC », ainsi que les « efforts de médiation en cours en faveur de la consolidation de la paix et du rétablissement de la sécurité » dans l’Est de la RDC, apprend-on de la Présidence du Conseil.
Une énième rencontre qui ne fait que rallonger la liste des nombreuses réunions déjà intervenues dans le cadre de ce dossier. En effet, pour se mettre dans la peau du médiateur, Faure Gnassingbé et son ministre des affaires étrangères ont voyagé à plusieurs reprises et reçu en audience de nombreuses personnalités. Malgré le tintamarre autour de ce titre de médiateur et les multiples rencontres diplomatiques, les armes peinent à se taire dans ce pays ultrariche en minerais.
En dépit de l’épidémie d’Ebola qui se propage dans la région des Grands Lacs, les combats se poursuivent dans l’Est de la RDC, et avec l’usage d’armes lourdes et explosives. Une situation que déplore le Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme, Volker Türk.
Dans un message, le diplomate dénonce une escalade des combats « malgré les accords conclus dans le cadre des processus de paix en cours ». Soulignant par la même occasion que les affrontements occasionnent des morts, des blessés, le déplacement des civils et la destruction de leurs moyens de subsistance.
Cette crise dépasse largement les prétendues capacités diplomatiques du fils du Général, à qui l’on prête une certaine proximité avec le président rwandais Paul Kagamé, soutien du M23, et de bonnes relations avec son homologue congolais Félix Tshisekedi. Mais le Rwanda qui joue dans la cour des puissances ne peut pas fléchir devant un dirigeant togolais contesté en interne et dans la diaspora, et qui plus est, ne pèse pas lourd sur le plan diplomatique.
Bref, un chef d’État qui n’a pas réussi à réconcilier les pays de l’actuelle AES (Alliance des Etats du Sahel) et la CEDEAO ne doit pas se prévaloir de résoudre la crise dans une zone aussi convoitée que les Grands Lacs. Si les Etats-Unis ne parviennent pas à imposer la paix aux belligérants, il est fort à parier que le président du Conseil va se casser les dents dans cette mission.
L’évidence, c’est qu’en « quémandant » cette mission de médiation, Faure Gnassingbé cherchait à se donner une crédibilité qu’il n’a pas dans son propre pays. Lui qui ne jouit plus de mandat électif émanant du peuple. Le voilà coincé dans son manteau de médiateur de l’UA.
Jean-Baptiste Edina



