Depuis quelques semaines, la toile béninoise est en effervescence. Il y a eu l’élection sans surprise de Romuald Wadagni, candidat du président sortant Patrice Talon, et sa prestation de serment le 24 mai 2026. L’ancien ministre des finances a formé son gouvernement quelques heures après la cérémonie d’investiture. Signe que le nouvel homme fort du Bénin tisse sa corde au bout de celle de son mentor. Prochaine étape, une tournée diplomatique auprès de ses voisins, notamment le Nigeria, le Burkina-Faso, le Niger et le Togo. Puis la Côte d’Ivoire avec laquelle le Bénin partage des visions communes.
Nigeria : l’étape de la gratitude
Comme pour ne pas laisser cette effervescence refroidir, Romulad Wadagni entame une tournée diplomatique régionale dans le cadre de ce qui est décrit comme une diplomatie de voisinage. « Le Président de la République, M. Romuald Wadagni a effectué ce lundi 1er juin 2026 sa première visite officielle à l’étranger depuis son investiture, le 24 mai dernier. Destination choisie : la République fédérale du Nigeria, premier partenaire commercial et voisin stratégique du Bénin », rapporte la présidence de la république.
Bien évidemment, les discussions, relaye-t-on, ont porté sur « la coopération bilatérale – sécurité, commerce, intégration régionale ». Première puissance démographique, mais surtout économique de la CEDEAO, le Nigeria entretient des relations commerciales soutenues avec le Bénin. Quand le Nigeria tousse, son voisin béninois est enrhumé, dit l’adage géopolitique qui illustre la dépendance économique et commerciale entre les deux pays.
Cette visite est surtout le signe d’une reconnaissance officielle du gouvernement Wadagni à son voisin de l’Est. En décembre 2025, l’intervention de l’armée nigériane a été décisive pour faire échec au coup d’État, presque réussi, du Colonel Pascal Tigri contre Patrice Talon. Si le coup avait réussi, Wadagni ne serait pas président de la République. La visite aux autorités nigérianes se place donc sur le plan de la sécurité, Abuja devenant ainsi un garant de la démocratie béninoise.
Burkina-Faso, Niger : la désescalade
Au lendemain de sa visite au Nigeria, le président béninois s’est envolé vers le Niger puis le Burkina-Faso. À Niamey, il a rencontré son homologue militaire Abdourahamane Tiani. De cette rencontre, la présidence Wadagni rapporte un entretien en tête-à-tête, et une séance de travail élargie aux membres des délégations béninoise et nigérienne. Avec en toile de fond des discussions autour de questions relatives aux relations tendues entre les deux. La frontière entre les deux pays demeure fermée depuis le putsch du général Tiani au président démocratiquement élu Mohamed Bazoum, alors que le pétrole nigérien transite par le territoire béninois.
L’Etape de Ouagadougou a connu un ordre du jour sensiblement identique à celle de Niamey. On évoque là aussi, outre la rencontre avec la junte militaire, des discussions sur des questions sécuritaires, économiques et commerciales.
Pour l’équipe Wadagni, il s’agit de construire avec l’ensemble des pays riverains du Bénin, des relations fondées sur « le dialogue, le respect mutuel et la conviction que les destins des nations ouest-africaines sont étroitement liés ».
Le voisin qui termine la liste de ces déplacements présidentiels est le Togo. En effet, cette tournée diplomatique de voisinage entamée par le président du Bénin ne saurait être « parfaite » sans un détour par Lomé, la capitale togolaise. Wadagni y a fait un tour ce 03 juin dans l’après-midi.
De l’eau dans le gaz entre Lomé et Cotonou
Malgré le sourire arboré par les deux dirigeants, le pouvoir de Faure Gnassingbe cristallise les tensions. En dépit des bonnes relations entre les deux pays depuis l’indépendance, l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir a changé la donne. Cotonou soupçonne Lomé de vouloir être maître du jeu politique au Bénin et d’y placer un opposant de son choix comme président.
Entre les deux pays, de nombreux dossiers fâchent. Il y a, entre autres, l’affaire Réckya Madougou, du nom de la Conseillère et proche de Faure Gnassingbé, emprisonnée pour terrorisme au Bénin ; et le dossier Colonel Pascal Tigri qui aurait bénéficié du soutien du Togo dans la préparation de son coup d’État contre Talon et dans sa fuite vers le Niger où il se serait réfugié. Sans oublier le soutien du Togo aux « sécessionnistes » de l’Alliance des Etats du Sahel (AES) dans leur bras de fer avec la CEDEAO.
Autant de dossiers dans lesquels le pouvoir de Lomé va devoir se montrer irréprochable, pour susciter un regain d’intérêt de la part des autorités béninoises.
Bénin-Côte d’Ivoire : la similitude de vues
Quelques heures après après sa rencontre avec Faure Gnassingbé, Romuald Wadagni s’envole vers la Côte d’Ivoire où il rencontre Alassane Ouattara. Cette visite sonne comme une consolidation des relations entre les deux pays.
Depuis l’administration Talon, le Bénin et la Côte d’Ivoire ont affiché une similitude de vues sur divers sujets engageant la vie de la sous-région. Ils se sont montrés fermes envers les putschistes qui ont perpétré des coups d’État en Guinée, au Burkina-Faso, au Mali et au Niger, en mettant en œuvre les sanctions prononcées par la CEDEAO.
Les deux pays partagent également leur proximité assumée avec la France, un allié de longue date.
Enfin, la Côte d’Ivoire étant la locomotive économique dans l’espace UEMOA, la visite du président Wadagni au pays de Félix Houphouët-Boigny était impérative.
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