
Le Palais de Lomé abrite depuis le 11 juin, la première exposition des artistes lauréats de THE TOYOTA TSUSHO CFAO African Art Award. De la peinture à la photographie en passant par la vidéo, l’installation ou des styles mixtes, allons à la découverte de ces artistes sélectionnés par un jury international.
Moffat Takadiwa: le GRAND PRIX
Moffat Takadiwa, originaire du Zimbabwe est le lauréat du Grand Prix de cette première édition de THE TOYOTA TSUSHO CFAO African Art Award.

Son art consiste à transformer des matériaux mis au rebut en œuvres sculpturales denses, aux compositions complexes. À partir d’objets collectés dans les environnements urbains (touches d’ordinateur, bouchons de bouteille, brosses à dents…) il compose des surfaces tactiles qui relèvent à la fois de l’expérimentation esthétique et d’une réflexion critique sur les systèmes de production et d’échange. Ces matériaux, souvent importés puis abandonnés, deviennent les traces visibles d’une circulation mondiale, et portent en eux les histoires du commerce, de la consommation et des dépendances technologiques.
«Je célèbre l’invisible, l’oublié et l’espoir d’un renouveau à travers des avenirs réfléchis et durables », explique l’artiste dont les œuvres ont été exposées à l’échelle internationale, notamment à la Biennale de Venise.
Le Prix d’Exellence pour Gosette Lubondo et Unathi Mkonto

La Congolaise (RDC) Gosette Lubondo est lauréate ex æquo du prix de l’excellence. Elle explore la mémoire et l’histoire à travers la photographie. En mettant en scène des personnages dans des lieux abandonnés ou chargés d’histoire, tels que les gares, les écoles, les bâtiments publics… elle redonne vie à des espaces marqués par le silence et l’effacement. Ces interventions produisent des images stratifiées, où passé et présent coexistent, brouillant les frontières entre document et fiction. Son œuvre s’apparente à une forme d’archéologie visuelle, révélant les récits latents inscrits dans les lieux. Plutôt que de reconstituer l’histoire, Lubondo en ouvre les possibles, permettant à des narrations oubliées ou marginalisées de réapparaître. Elle déclare : «J’explore la manière dont les lieux retiennent la mémoire et prolongent l’histoire ».

L’autre lauréat du prix d’excellence se nomme Unathi Mkonto. Ce Sud-africain installé dans la ville du Cap, travaille à l’intersection de la sculpture, de l’architecture et de la performance. Pour lui, l’art permet de mettre en évidence la relation entre espace, forme et expérience vécue. Architecte de formation, il envisage la forme, non comme une structure figée, mais comme un système en mouvement, façonné par la perception et l’expérience. Ses constructions, souvent qualifiées d’« anti architectures », interrogent les frontières entre disciplines, transformant le dessin en volume et l’objet en espace habitable. «Créer des langages à partir des formes pour complexifier notre expérience du quotidien », tel est son art.
Le Prix des Sponsors décerné à Tizta Berhanu et Katlego Twala

«Mon œuvre reflète des moments de présence sereine et de lien humain », déclare Katlego Twala du Botswana. Par une approche figurative contemporaine de l’identité et de la vie quotidienne, les peintures de Katlego s’inscrivent dans une exploration introspective et apaisée de la figure humaine. Son travail s’éloigne des narrations explicites pour privilégier des instants suspendus, des gestes subtils et une forte densité émotionnelle. Elle construit des espaces intimes où l’identité se révèle progressivement, façonnée par les postures, les regards et les atmosphères. Sa pratique reflète une évolution plus large de la peinture africaine contemporaine, dans laquelle la figuration devient un outil d’exploration plutôt que de représentation.

Tizta Berhanu. La peintre Ethiopienne fait également partie des lauréats de la première édition de cet award. Dans son art, elle déploie ses peintures comme des récits visuels intimes centrés sur les relations humaines. Ses compositions, souvent peuplées de figures entrelacées, explorent les notions d’amour, de bienveillance et d’interdépendance. Tirant son inspiration du concept d’agapé, elle interroge les formes d’attachement qui dépassent l’individu et participent à une expérience collective. Son langage pictural, fait de lignes fluides, de textures superposées et de transitions chromatiques subtiles, donne naissance à des univers immersifs où les corps et les espaces se fondent. «Mon œuvre explore l’amour comme une force de lien, de résilience et d’humanité commune », explique-t-elle.
Géraud Afangnowou



